Hélas ! Cette gratuité a un coût. 14,8 millions d'euros l'an passé ; 30,5 millions cette année ; 54,2 millions l'an prochain ; 85,3 dans deux ans ; 224 dans cinq ans ; 713 millions d'euros dans dix ans !Or,
L'AEFE (Agence pour l'Enseignement Français à l'Etranger) doit donc se débrouiller avec ce fait du Prince. La question est : comment ?
Avant la mesure, l'AEFE témoignait d'un sous-financement chronique.En Tunisie, les locaux de la plupart des établissements souffrent de vétusté (l'école Marie Curie de Tunis a dû être évacuée car elle menaçait de s'écrouler sur les enfants) ; l'espace est insuffisant (au collège de Sousse, au lycée Pierre Mendès France de Tunis les élèves doivent
s'entasser dans des salles inadaptées aux effectifs ; à l'école Robert Desnos et au lycée Gustave Flaubert de La Marsa, l'emploi des bâtiments est saturé). Pourtant les effectifs ne cessent d'augmenter : 6% pour la rentrée 2008.
La gratuité sans financement s'apparente à un véritable coup de grâce. Comment l'AEFE pourrait-elle assumer 713 millions d'euros de dépenses supplémentaires alors que son budget actuel de 518 millions ne lui permet déjà pas d'entretenir ses locaux comme il le faudrait ? Face à cette impasse, des mesures à courte vue sont prises ; elles sont néfastes et dérisoires. L'AEFE projette de fermer des établissements, de remplacer les professeurs titulaires français par des contrats locaux sans diplômes équivalents et de revoir à la baisse un investissement immobilier déjà insuffisant. L'Etat a l'intention de demander l'aumône aux entreprises, sous la forme d'associations charitables, dîtes d’intérêt public, pour « sauver l’école ».
Une éducation gratuite à l'enseignement démonétisé, dans des locaux à la viabilité incertaine, est-ce là l'avenir que nous destinons à nos enfants ? Est-ce là le futur des Français de l'étranger ?
J'invite mes concitoyens à faire entendre leur voix. Soutenons le principe d'une école laïque et gratuite, mais pas au détriment des élèves. Invitons nos élus à prendre leurs responsabilités : il faut pérenniser le financement, sans mettre en péril la qualité de l'enseignement ni les conditions de sécurité, de viabilité des lieux où nos enfants séjournent une partie de leur vie.
Yann LE DORNER
Professeur de philosophie au lycée Gustave Flaubert
Trésorier de l'association « Français de Tunisie – Agir ensemble »
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Publié le: 2009-04-05 (93 lectures)