Notre article principal portera ce mois-ci sur les Etats généraux de l'arabe. Organisés par l'Association des Parents d'élèves des Etablissements Scolaires Français de Tunisie, les Etats généraux de l’enseignement de l’arabe se sont tenus à Tunis les 27 et 28 mars derniers. En effet, inquiets du niveau insuffisant en arabe de leurs enfants, les parents ont rappelé que leur attachement à la francophonie n'étaient rien incompatible avec leur désir de voir leur enfant maîtriser sa langue maternelle, plaidant pour un vrai bilinguisme.
Ecrit par Walid ALOUINI, président de l'Association des Parents de Paul Verlaine, notre édito se penche sur la question du droit à l'école pour tous les enfants français face à l'augmentation vertigineuse des frais d'écolage des écoles françaises.
Gloria Giol-Jeribi
Président de l' Association "Français de Tunisie -A gir Ensemble"
www.francaisdetunisie.com
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« Je veux que les Français de Londres, de New-York, de Tokyo, de Shanghai, de New Delhi, de Dakar ou de Tunis ne se sentent pas abandonnés par la France mais qu’au contraire, ils aient le sentiment que la France ne les oublie pas, qu’ils sont ses enfants au même titre que tous les autres, qu’ils sont des citoyens à part entière, qu’ils ont les mêmes droits en matière d’école, de protection, de culture que ceux qui vivent sur le territoire national »
Nicolas Sarkozy, Londres 30 janvier 2007
Les mêmes droits en matière d’école….C’est quoi l’école au juste ?
L’école ! c’est le socle de la nation, le rempart contre toutes les inégalités et indiscutablement l’architecte de l’avenir d’un pays. L’école est ce concept qui assure la continuité de l'esprit, la permanence de la connaissance, la pérennité de l'histoire comme histoire commune du savoir et de la liberté.
Le principe fondamental de l’école est là : la liberté par le savoir, le savoir par la liberté.
Or si ce droit à l’éducation, comme tous les droits, doit être attaché à la personne et si l’école publique française, qu’elle soit placée sur le sol national ou à l’étranger, doit respecter l’universalité de ce principe, tout cela est bien mis a mal pour nous Français de l’étranger.
Car si la gratuité de l’enseignement primaire (article L132-1 du Code de l'éducation) a été instituée en 1881 et que ce droit à l’instruction est respecté en France, il est étrangement bafoué et ignoré hors de ses frontières, puisque l’accès à l’éducation et à l’enseignement pour les Français à l’étranger est payant.
Certes, la gratuité a été instaurée à l’étranger pour les classes de Terminales, première et seconde, mais il semble que la mesure s’arrêtera bien là alors que les frais de scolarité ne cessent d’augmenter de manière intolérable.
En effet, tout se passe comme si nous, Français de l’étranger étions des citoyens de seconde zone auxquels le principe de la double peine serait appliqué : En plus du déracinement et de l’éloignement se rajoute ce droit de ré-entrée au sein de la nation pour nos enfants.
Car de symboliques il y a une vingtaine d’années, les frais d’écolage représentent désormais une part de plus en plus importante du budget familial et le coût des études pour les familles françaises à l’étranger est devenu prohibitif. Et l’ardoise s’alourdit quand deux, trois voire quatre enfants sont scolarisés, même si un rabais de 25% est autorisé à partir du troisième enfant.
Cela fait plusieurs années que les difficultés financières des familles en Tunisie commencent à se faire sentir. Pour la rentrée scolaire 2009/2010, le budget pour un couple avec deux enfants, l’un en maternelle l’autre au collège sera de 7095 dinars, une somme qui représente 2,5 fois le SMIG annuel tunisien ! Ou encore 1,5 fois le salaire moyen annuel en Tunisie ! ( 3)
Or, les frais de scolarité ont déjà augmenté en Tunisie de plus de 70% en moyenne entre 2003 et 2009 et cela ne va pas s’améliorer loin s’en faut, puisque les tarifs annoncés pour la rentrée 2009/2010 font état d’une augmentation de plus de 9% en moyenne (voir tableau)
Quel budget familial ou quel salaire a augmenté dans ces proportions ?
La conséquence de tout cela est que nombre d’élèves qui n’ont pas droit aux bourses scolaires, mais dont le budget parental ne supportera pas les frais de scolarité se verront fermer les portes de l’école de notre République.
Doit-on rappeler qu’un élève scolarisé en France coûte 7000 euros à l’Etat français alors qu’il coûte dans un établissement français à l’étranger 5000 euros, ce qui représente une économie de 520 millions d’euros pour le ministère de l’Education nationale !
Doit-on rappeler que l’école à l’étranger est financée à 65% par les familles ?
Alors que faire ?
Monsieur Kouchner parle de « l'attrait croissant exercé par son réseau (6 900 élèves supplémentaires à cette rentrée 2008) » et « de la mise en place d’une contribution des établissements assise sur les droits de scolarité ».
Faudrait-il donc selon lui, contribuer encore plus (65% en moyenne à ce jour), payer encore et toujours, rogner sur le budget familial non extensible et se sacrifier encore plus afin que nos enfants accèdent à l’école républicaine. Ou alors réserver l’enseignement aux seules familles très aisées et à ceux dont les entreprises paient leurs frais de scolarité. Une sélection par l’argent en somme ?
Nous sommes donc loin du principe égalitaire qui est le fondement même de notre pays, de ses lumières. Principe rappelé encore récemment par le Président de la République.
Il est temps que cesse cette discrimination !
Il est donc impératif de geler les frais de scolarité actuels et de travailler activement à faire les montages financiers, les rapprochements entre gouvernements, ministères, tutelles, institutions et associations qui permettront d’atteindre ce modeste objectif.
Il suffirait de dégager de 160 millions d'euros supplémentaires dans le budget annuel par l'Etat pour financer 100% des frais de scolarité des enfants français à l'étranger dans les établissements suivis par l'AEFE.
Nous savons qu’il est possible de mobiliser des milliards d’euros pour soutenir une économie assiégée, saurons nous dialoguer avec tous les acteurs et intervenants afin de trouver les solutions qui s’imposent et mobiliser cette somme, dérisoire au regard de l’importance du sujet, pour respecter les fondements de ce pays et restaurer la dignité de nos concitoyens lâchés au bord de la route ?
Des propositions seront bientôt adressées à l’AEFE.
Walid Alouini
Président de l’APE Paul Verlaine
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